Présentation

 

Discours des 25 ans du CARTO, le 14 novembre 2008


Monseigneur Jacques ANILYIUNDA, évêque de Dapaong,
Monsieur le Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche,
Monsieur le Ministre des Enseignements Préscolaire, Primaire et Secondaire,
Monsieur le Ministre BAGNAH,
Messieurs les Préfets de la région, 
Monsieur le Député SAMBIANI, 
Monsieur le Chef Canton de Ogaro, 
Mesdames et Messieurs les Chefs de Service, 
Vous tous, Frères de l’Instruction Chrétienne ici présents,
Et vous tous chers invités  

  En ce vendredi 14 novembre 2008, le C.A.R.T.O. est heureux de célébrer plus officiellement

ses 25 années de service auprès des populations du Kpendjal.

En 1982, La Congrégation des  Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel qui connaît une longue tradition missionnaire, a choisi de répondre positivement à l’appel de Mgr HANRION, alors évêque de Dapaong,  pour fonder un Centre de Formation Agricole au cœur du Kpendjal. Le Frère Jean Pétillon, provincial des Frères de la province de Quimper, précisait l’objectif de la nouvelle mission. 

Le 29 juin 1982,au cours  de la cérémonie d’envoi du Frère Joseph LE ROY, premier directeur du C.A.R.T.O. et de son confrère, le Frère Jean Le JEUNE, le Frère Provincial s’exprimait ainsi :

« Bien sûr, religieux,  vous serez des ‘confesseurs de la Foi’ dans la ligne du charisme de notre Institut : vous serez des confesseurs de la Foi en collaborant avec les Africains du Togo à tirer de leur sol des ressources assez abondantes pour leur permettre de vivre dans une plus grande dignité, dans une plus grande liberté, dans une vraie fraternité. Le miracle qu’on attendra de vous, Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel, ce n’est pas une pêche miraculeuse, comme le fit Jésus en faveur de ses disciples, mais une aide FRATERNELLE pour assurer de bonnes récoltes … En aidant les plus pauvres à vivre leur vie d’hommes, vous disposerez leurs cœurs à accueillir votre témoignage et à comprendre pourquoi et  comment vous êtes leurs frères, leurs Frères en Jésus-Christ. »  

Quelques semaines avant cet envoi en mission, le 15 mai 1982,  Monseigneur HANRION s’est rendu au lycée agricole du NIVOT, dans le Finistère, pour y rencontrer les responsables de la congrégation afin de définir avec eux le projet souhaité : « L’œuvre sera  un Centre analogue à celui de Tami qui fonctionne déjà au diocèse de Dapaong. 24 foyers de jeunes agriculteurs (2 x12) se formeront en deux ans. Il s’agira essentiellement d’une formation pratique et d’une initiation à quelques techniques simples qui permettant une amélioration du niveau de vie en milieu rural : culture attelée, fumure, conduite de cultures, élevage, etc … »

L’objectif clairement affiché depuis les origines est donc bien de s’inscrire dans les efforts du Togo en faveur de la « réduction de la pauvreté » par la formation des personnes, la formation de couples de paysans. Ayant acquis pour eux-mêmes de nouvelles techniques de  culture, ils pourront devenir à leur tour, « leader » dans leur milieu d’origine.

Permettez-moi, de tourner rapidement les pages du livre de l’histoire du C.A.R.T.O. :

Arrivé le 3 juillet 1982, le Frère Joseph LE ROY, directeur du futur centre, se met à la tâche. Rejoint le 15 août par le Frère Jean LE JEUNE, les deux Frères vont bénéficier, à partir du 30 août, de l’hospitalité de Monsieur Bagnah, alors Directeur de l’Office Togolais des Phosphates, qui met, gracieusement sa maison de NAKI-EST à la disposition de la communauté naissante,.  Monsieur le Ministre, veuillez trouver ce matin, par ces modestes mots, l’expression de notre profonde gratitude.

En septembre 1983, arrivait le frère Pierre CRETEAU que beaucoup parmi vous connaissent bien.

Dès le 12 juillet 1982, le Frère Joseph LE ROY  aborde l’importante question du choix de l’implantation du Centre.  Je lui laisse la parole :

 « Quelques visites de prospection permettront de mieux connaître les terres de la région et de prendre des contacts avec les villageois. Peu à peu une surface assez grande, peu cultivée, non habitée, semble intéressante en bord de piste, à 3 km d’Ogaro, vers Borgou.  Le 26 juillet, les démarches prennent un caractère plus officiel. Mgr HANRION, Monsieur le préfet de Tône, Monsieur le Député J.M. DIGOE, le chef Canton de Nakitindi Laré se déplacent pour une rencontre avec les villageois … »

Le 18 août 1982,  c’est la signature de l’acte de donation du terrain pour le Centre de formation agricole d’Ogaro. »

Son existence légale est consacrée par l’acte de reconnaissance signé par Monsieur le Ministre du Développement rural, Monsieur Anani GASSOU, le 3 mars 1983.

Le 2 avril  1984, le C.A.R.T.O. commençait réellement sa grande aventure en terre togolaise en accueillant sa première promotion de stagiaires.

Le 9 mai 1985, c’est l’inauguration officielle du C.A.R.T.O. présidée par Monsieur ADZOMADA, chef de cabinet du ministre de l’Aménagement rural assiité de Mr MENSAH, préfet de Tône. La bénédiction du centre est présidée par le Père Pierre REINHART, administrateur apostolique de Dapaong.

Au fils des années, 293 couples de paysans ont bénéficié de la formation au Centre C.A.R.T.O. et 18 promotion de 12 couples se sont succédées pour recevoir une formation sur deux années avant que le Frère Jean-Yves Delaunay, alors directeur du C.A.R.T.O., ne fasse évoluer la formule vers une seule année de formation sur le Centre. Après une année d’interruption,  les promotions continuent à se succéder. Cette année ce sont 20 couples qui sont sélectionnés sur plus de 50 demandes.

 

Les stagiaires et leurs boeufs lors de la fête

 

 
Les boeufs en action dans les champs
 

 
Les femmes au cours de cuisine améliorée
 

A la fin de la formation, les femmes recoivent un matériel de tricot

En plus de la formation des couples, le C.A.R.T.O. accueille aussi selon d’autres modalités : 

  •  26 jeunes déscolarisés ont aussi bénéficié de l’aide du C.A.R.T.O. pour leur formation et leur équipement.
  • Plus de 700 jeunes filles des environs ont suivi des sessions de formation.
  • Ajoutez à cela, l’aide apportée par C.A.R.T.O. pour la formation de paysans envoyés par d’autres organismes : plus de 500 paysans envoyés par SOGVERS, près de 300 venus par la JAC et près de 200 par RAFIA.

Très rapidement, C.A.R.T.O. s’est engagé dans le suivi de la formation après le retour au village de ses stagiaires :

  • en 1997, les groupements coopératifs de paysans se mettent en place et sont directement suivis par les animateurs du C.A.R.T.O..
  • en 2004, un pas est franchi avec la construction du bâtiment spécifique à la branche « groupements » du C.A.R.T.O., c’est déjà la marche vers l’autonomisation qui commence. Les animateurs s’y regroupent et se consacrent exclusivement à l’animation des « groupements ».
  • en 2006, avec le changement de directeur du C.A.R.T.O., une plus grande autonomie est accordée à la section « groupements ».
  • le 30 novembre 2006, c’est la naissance de l’U.G.P.A.K : faîtière qui fédère les 58 groupements suivis par le C.A.R.T.O.
  • en 2007, le 6 juillet, l’AGC de la C.A.P.A.S se tient sous le grand apatam du C.A.R.T.O. Les statuts de la C.A.P.A.S sont votés et le CA mis en place.

Le 11 janvier 2008, c’est le  lancement officiel de la C.A.P.A.S.

 

Un cours d'alphabétisation dans un groupement

 

 

Un bâtiment d'alphabétisation de groupement

 

 
Un moulin de groupement
 

 
Un puit de groupement
 

Pendant ce temps, C.A.R.T.O. continue son adaptation pour proposer aux stagiaires une formation adaptée à l’aujourd’hui. Devant le constat de la dégradation des sols dus au déboisement et aux érosions de toute nature, C.A.R.T.O. veut entrer dans la grande dynamique de lutte contre la désertification et la paupérisation des populations. 

En lançant le programme « SABLES VERTS », il renouvelle sa formation traditionnelle en fonction de la problématique actuelle. Par le contrat passé avec chaque stagiaire finissant, C.A.R.T.O. désire mener une lutte efficace contre les dégradations mentionnées ci-dessus. L’arbre sera au cœur de la formation proposée : sans qu’il ne soit jamais au détriment des cultures vivrières, il participera à l’amélioration des sols et facilitera le dur travail des femmes dans la quête du  bois  indispensable pour couvrir les besoins domestiques.

 

Chaque jour, des camions d'arbres coupés quittent la savane

 
La pépinière du CARTO en effervescence
 

 
Agroforesterie et haies vives au CARTO
 

 

Diguettes du CARTO pour limiter l'érosion des sols

 

Outre la poursuite de l’amélioration des petits élevages, C.A.R.T.O. veut continuer son travail dans le cadre de la formation des femmes : transformation des produits de la ferme pour améliorer la nourriture quotidienne, alphabétisation et cours d’hygiène, de couture, de tricot, de macramé, autant d’actions visant à donner aux femmes des « clefs » pour améliorer leur vie au village. Petites gouttes déversées dans un immense océan, mais volonté délibérée de tout mettre en œuvre pour une formation qui grandisse les personnes et les rende « acteurs » du développement de leur milieu.

Un autre volet développé par C.A.R.T.O. depuis 1992, c’est le volet « ECOLES PRIMAIRES ».  A la demande de villageois venus supplier les Frères de les aider à scolariser leurs enfants, la communauté à accepter de se lancer dans l’aventure. D’une école en 1992, C.A.R.T.O. anime actuellement 14 écoles aux visages très différents : 6 d’entre elles ont le cycle complet, les autres ont 1, 2, 3 ou 4 classes. Devant le constat de l’implantation des écoles officielles le long des voies de circulation (Ogaro, Nayéga, Naki, Biagou   etc …) les initiateurs des écoles MEEM C.A.R.T.O., Frère Adolphe en particulier et ses successeurs, ont préféré se rapprocher des populations en créant un maillage d’écoles en pleine brousse.

 

Le maillage des écoles MEEM-CARTO

 

 
Une des cantines scolaires
 

 
La méthode gestuelle pour apprendre à lire
 

 

Les livres de lecture made in CARTO

 

Une autre intuition était de contribuer à la réussite de l’enfant en lui évitant la fatigue des longs déplacements quotidiens. Ainsi, autour d’une école complète, gravitent 2 ou 3 écoles au cycle incomplet, destinées à faciliter la scolarisation des petits enfants. 

Consciente de la responsabilité qui est la sienne quand 3000 élèves fréquentent ces écoles, l’équipe d’animation fait un travail de proximité : visites de classes, formation des enseignants, rencontre et formation des comités de  parents que nous voulons être de véritables partenaires engagés dans l’éducation de leurs enfants. 

Conscients que la lecture est la base de tous les apprentissages, ces dernières années nous nous sommes engagés dans un véritable combat : que les enfants sortant du primaire aient réellement acquis la clef de la compréhension de toutes les autres matières : la lecture. 

Associés à l’Enseignement Catholique du diocèse depuis 1997, les écoles MEEM-C.A.R.T.O., travaillent au développement intégral des enfants qui lui sont confiés, ce qui signifie, qu’un éveil religieux est proposé dans toutes les classes. En lien avec les autorités académiques, nous sommes heureux de continuer à apporter notre contribution au développement de la scolarisation des enfants du KPENDJAL.

Je profite de la célébration ce cet anniversaire pour mentionner et remercier les associations et les personnes engagés dans le soutien des œuvres du C.A.R.T.O.

Nos remerciements vont tout d’abord :

  • Au Ministère de l’agriculture Hollandais près de qui Monsieur le Ministre BAGNAH, alors Directeur de l’office des phosphates et de l’office des produits agricoles du Togo est intervenu pour le financement du projet.
  • A « MISEREOR » près de qui Mgr Hanrion a trouvé un appui pour la construction du centre.
  • A l’association « AMIS d’OGARO » qui depuis la création s’est engagée à soutenir le Centre de formation agricole. Frère François, président de cette association, merci de transmettre nos plus sincères remerciements aux membres de l’association.
  • Un merci particulier à Monsieur Bawa MANCOUBI, excusé ce matin, mais dont l’action fut déterminante auprès de ses « amis rotariens » pour apporter un soutien dans la durée au C.A.R.T.O. : adduction d’eau, groupe électrogène, construction de classes et de logements pour les maîtres. Un merci spécial à Monsieur Ted RICHARD et à Mr Franz GILLIERON, son successeur, pour la passion avec laquelle ils se sont engagés dans le soutien du C.A.R.T.O.,
  • Un merci appuyé aussi à l’association MEEM, et au Village Gaulois de Pleumeur Bodou en France, sans qui la grande aventure des écoles n’auraient pas été possible. Merci pour votre soutien dans lu durée, votre confiance, votre  amitié.
  • Un merci à l’association « SABLES ROUGES », pour son soutien régulier aux Centre agricole et aux écoles. Frère Bob, président de cette association, je te remercie de transmettre nos remerciements à toutes les personnes engagées dans cette association.

  Plus près de nous :

  • Merci à Monseigneur Jacques, à l’abbé Augustin et aux services de l’Evêché, pour l’aide, les conseils et  l’intérêt que vous portez à cet enfant du diocèse, le C.A.R.T.O.
  • Merci à l’OCDI de Dapaong pour l’esprit de collaboration et le soutien que vous apportez au C.A.R.T.O. A travers vous, c’est le Secours Catholique de Paris et des diocèses du nord : Lille, Cambrai, Arras, que je veux remercier. Monsieur le secrétaire général de l’OCDI, merci de le leur transmettre nos remerciements.
  • Merci aux services de l’Etat togolais, l’INS, DRAEP, ICAT, ITRA, SOTOCO, pour la franche collaboration qui a toujours existé entre vos services et le C.A.R.T.O.
  • Merci aux ONG de la place, partenaires du développement, pour votre soutien au cœur de la FODES.

Je ne saurais terminer ce propos sans me tourner vers toutes les personnes qui ont « fait » le C.A.R.T.O. :

  • les trois directeurs, mes prédécesseurs, Frère Joseph Le ROY, Frère Gabriel L’HOSTIS, Frère Jean-Yves DELAUNAY,
  • les agents du C.A.R.T.O.(animateurs et animatrices, personnel affectés au service d’entretien, au secrétariat, coopérants français) qui ont travaillé en son sein et qui y travaillent  encore aujourd’hui,
  • les enseignant(e)s des écoles, qui, humblement, jour après jour, accomplissent ce travail si essentiel et fondateur d’une nation : l’éducation des enfants.

Enfin, que tous ceux qui ont participé –que ce soit financièrement, ou par leur travail-  à la préparation de cette journée anniversaire et à son succès soient sincèrement remerciés.

Je vous remercie.

Frère Claude GREGOIRE - Directeur Général du CARTO

   

Notre mascotte, en ballade dans les champs