ANIMISME
Au nord-togo, l'animisme s'articule autour de deux axes : le culte des ancêtres et des fétiches, ainsi que la spiritualisation de la nature.

Le culte local des ancêtres

Le culte des ancêtres précise que les morts ne sont pas morts, mais bien vivants dans un royaume invisible. Ces aïeux décédés sont les intercesseurs de leurs enfants vivants auprès de Dieu. Il faut donc soigner ses ancêtres défunts, que ce soit les ancètres communs au clan ou à une famille...afin de s'attirer leurs faveurs et qu'ils puissent demander à Dieu d'envoyer ses bienfaits et sa protection sur les hommes.

Pour cela, on utilise des idoles, qui sont les représentants des ancêtres sur terre (statues, monticules de terre). Lorsque le chef de famille est en nécessité (problèmes, maladies, famine...), il consulte le charlatan (sorcier) qui lui prescrira des offrandes à faire à l'idole représentant son ancêtre, dans sa sukhala.

Il faut souligner que la notion d'ancêtres intercédant pour un dieu unique et omniscient est proche de la foi chrétienne.

Les fétiches importés

L'arbre au pied duquel est le fétiche,
près de la communauté du CARTO
Il faut ajouter à cela l'existence de fétiches "importés" d'autres pays, ethnies... qui ont des pouvoirs particuliers de protection, et qui sont honorés périodiquement (une fois par semaine), dans leur lieu d'accueil. Cela se passe en général dans la maison du féticheur. Ils sont différentes des idoles...

Lors de cérémonies spéciales, accomplies par un ou des féticheurs, ainsi que des danseurs "clairvoyants" qui rentrent en transe, on honore les fétiches, on leur offre des présents, et on leur soumet des doléances. Les fétiches s'expriment par l'intermédiaire du féticheur, des danseurs, ou par des signes visibles aux initiés. Ces fétiches se trouvent dans les habitations du féticheur.CItons aussi les fétiches "naturels" : esprits localisés à un endroit, dans la nature. Révélés par des signes particuliers (mauvaise récolte, foudre, maladies, morts, évènements anormaux...), ils sont ensuite repérés et écoutés par les vieux charlatans. Ces esprits-fétiches donnent des consignes, des interdits, qu'il ne faut pas transgresser sous peine d'avoir des problèmes.

Le féticheur et le tradipraticien, ou médecin traditionnel, étaient autrefois la même personne. Le tradipraticien, qui connait les vertus scientifiques des plantes, croit aussi à leurs pouvoirs, liés à l'esprit de la plante. Il peut donc fabriquer des médicaments, des poisons, des talismans. Le terme de gri-gri englobe tout cela.

On confond aujourd'hui souvent fétiches, gri-gris, et médecine traditionnelle, ce qui est très différent.

En résumant, on peut différencier ces notions :

  • Les fétiches sont des objets représentant les ancêtres, ou les esprits
  • Les gri-gris sont des objets ou plantes censés posséder un pouvoir magique
  • La médecine tradiionnelle s'occupe des propriétés médicales des plantes

La spiritualisation de la matière

Pour l'animiste, chaque objet vivant est habité par une puissance. On entre en contact avec cette puissance par des cérémonies adaptées.

Les animistes respectent particulièrement les puissances naturelles. On offre des sacrifices pour la venue des pluies, pour les récoltes...On organise des cérémonies autour des vieux arbres que l'on souhaite abattre...

Les tradipraticiens respectent donc un code compliqué pour la cueillette des herbes, feuilles, ecorces, racines, etc, qui leur serviront pour les préparations "magiques" ou médicinales. Ce code leur permet de demander aux plantes et aux arbres l'autorisation de les utiliser, et d'être ainsi certains que le pouvoir de leur préparation sera efficace.

L'animisme dans les environs d'Ogaro

Dans le Kpendjal, l'animisme est vivace. Les chrétiens et musulmans ont souvent gardé des réflexes animistes. Plusieurs cultes coexistent, fétiches locaux et fétiches importés. Beaucoup de gens font encore confiance aux tradipraticiens pour se guérir, car les soins modernes sont relativement chers.

Dans les environs d'Ogaro, on compte plusieurs féticheurs, un ou deux par village, dont les tambours résonnent, la nuit, entre les cris des hiboux et autres oiseaux "sorciers". Lors des grandes étapes de la vie agricole, les fétiches sont honorés afin de leur demander des pluies abondantes, du soleil, ou de les remercier pour les récoltes.

A Borghou, à 10 km de Ogaro, il est interdit de taper sur le sol avec la houe, pendant la culture. Il est aussi interdit de poser une marmite chaude, enlevée du foyer, à même le sol. Sinon, des serpents viendront piquer les sacrilèges.

A l'entrée de la communauté des Frères, il y a même un arbre devant lequel des charlatans et initiés viennent prier leur fétiche, et demander ses faveurs.